Management
Manager ses relations au travail avec stratégie

Sandrine Caillé
Human Transfo
https://human-transfo.com/
Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo met en mouvement les équipes, les managers et les dirigeants. Consultante depuis 25 ans, elle rend accessible la complexité humaine et permet d’atteindre les enjeux business en identifiant les comportements indispensables. Son approche est de transformer toute forme de résistance en énergie positive. Avec Human Transfo, (re)mettez l’humain au cœur des changements.
Dans la vie privée, on choisit ses relations en fonction de ses affinités. Au travail, avoir de bonnes relations a pour finalité l’efficacité au travers de collaborations fluides. Gérer les relations en fonction de ce que l’on ressent - passer du temps avec les personnes qu’on apprécie et éviter celles qui nous donnent des boutons - est humain mais pas stratégique. Or le management d’une équipe, réussir sa carrière, nécessitent de s’intéresser aux enjeux relationnels. Comprendre, analyser ses relations et définir une stratégie relationnelle sont ainsi indispensables pour réussir professionnellement.
La juste place du cœur dans la relation de travail
Dans les familles, les liens sont 100 % affectifs et normalement inconditionnels. Dans l’entreprise, ils reposent sur des objectifs dans une logique de performance et à partir de rôles définis à l’avance. Or, rares sont les métiers où la réussite est strictement individuelle, même ceux où la compétition est de mise (ex. : traders, commerciaux) ont besoin des autres.
Au travail, nous sommes tous interdépendants (mode projet, complexité des situations à adresser, transversalité des processus), ce à 360°, avec notre hiérarchie, nos collègues, nos collaborateurs. Les autres nous permettent de réaliser nos tâches, prendre des décisions, récupérer des informations pour les transformer et en transmettre d’autres, grandir. Mon réseau me permet de réussir : j’ai besoin de lui pour faire mon travail avec efficacité et écologiquement, c’est-à-dire sans perdre de temps et d’énergie.
Les relations au travail doivent donc être considérées comme stratégiques. Puisqu'elles sont des leviers, elles doivent être managées pour être optimisées. En matière de relations, l'intuition et l’affect comptent mais la stratégie prime (voir les bénéfices et les risques dans la version en ligne de l'article, www.rfsocial.com).
Le manager quant à lui, n’est ni le parent, ni l’ami, mais le garant d’une performance individuelle et collective durable. S’il laisse trop d’espace aux affinités, ce qu’il ressent se confond avec ce qu’il fait et cela peut l’éloigner de son rôle. La relation est son premier outil de travail. Trop d’affect peut pousser à la sur-transparence, à accorder plus de crédit à ceux que l’on estime et à se méfier des autres, à minimiser les erreurs et les comportements des préférés (favoritisme) ou, au contraire, à être plus exigeant avec eux. Dans tous les cas, cela génère de l’iniquité, des frustrations et amplifie les réactions émotionnelles (voir RF Social 241, « Manager à l’affectif : un peu beaucoup, pas du tout »).
À noter
Au travail, l’objectif n’est pas « d’aimer » ou « d’être aimé » mais que les relations fonctionnent, c’est-à-dire qu’elles permettent confiance, fluidité, sécurité et, dans l’idéal, reconnaissance mutuelle.
Manager ses relations avec son cerveau
Parfois nos pensées sabotent nos relations car elles nous font confondre les biais et les faits, les préjugés et les hypothèses sur le fonctionnement des autres et de leurs intentions. La plupart du temps, la différence est perçue comme une menace, l’absence de sécurité conduisant à des comportements de protection de ce que l’on est (statut, légitimité, autonomie, image) : attaque, justification, froideur, évitement. Se mettent alors en place des boucles systémiques d’interactions dysfonctionnelles. Bien connaître le fonctionnement du cerveau humain va permettre de mieux gérer ses relations.
L’ocytocine - hormone du lien et de la confiance au travers d’un sentiment de sécurité - favorise l’empathie, la coopération et la créativité. Or, les équipes avec un fort niveau de confiance sont 21 % plus productives (Étude Gallup de 2023).
À FAIRE. Libérez l'ocytocine au travers de votre présence physique (raison pour laquelle la visio et les sms ont leurs limites et que se retrouver à la machine à café fait du bien), regardez les gens dans les yeux lors des échanges. Écoutez activement vos interlocuteurs plutôt que de manière distraite. Reformulez fréquemment pour montrer votre attention. Renforcez le collectif en créant un sentiment d’appartenance. Célébrez les succès collectifs. Encouragez le partage de ressources.
La sérotonine est le neurotransmetteur de la reconnaissance (qu’elle soit plus ou moins déclarative), elle permet l’affectation de valeur (le crédit d’intention). La non-reconnaissance (des compétences par exemple) ou ne pas accorder de crédit aux propos d’une personne crée une frustration sérotoninergique qui dégrade la relation.
La dopamine est produite dès que les objectifs sont atteints, que les ressources sont optimisées, qu’une clarification permet de retrouver la logique d’action ou que les situations aversives sont évitées. Ainsi, plus vous aidez les autres, plus vous nourrissez la relation. C’est le fameux « qui donne, reçoit ».
10 conseils pour développer des relations de qualité
1°/ Observez la culture de l’entreprise ou de l’équipe (si elle est nouvelle pour vous) et identifiez le style relationnel et de communication pour ne pas être à côté de la plaque (ex. : trop/pas assez direct).
2°/ Prenez le temps de la relation pour créer et entretenir les liens et évitez les échanges strictement fonctionnels.
3°/ Privilégiez l’oral plutôt que l’écrit (mails, teams, sms) surtout quand le message pourrait être mal pris.
4°/ Alternez les positionnements relationnels, autant que possible, dans les échanges et adaptez-vous à vos interlocuteurs pour que l’échange reste constructif (position haute : je m’affirme et argumente ; position basse : j’écoute, je questionne et je reformule).
5°/ Cartographiez les acteurs clés de votre réseau et construisez un plan d’action relationnel en fonction des caractéristiques de la relation et de l’objectif relationnel à moyen terme, puis pilotez-le (outil sociogramme ; voir RF Social 263, « Mutation, nouveau poste : se préparer pour réussir »).
6°/ Utilisez la chimie du lien : activez l’ocytocine avec des interactions en réel, entretenez les liens, valorisez la confiance, partagez vos difficultés, nourrissez la sérotonine avec des feedbacks positifs sincères et en sollicitant l’expertise de vos interlocuteurs.
7°/ Dites non de manière directe et franche plutôt que de faire mine d'accepter, de ne pas faire les choses et perdre en crédit.
8°/ Refusez toute tentative de triangulation/prise à parti. N’acceptez jamais d’être le messager d’un autre, renvoyez-les à une conversation directe en aidant à la préparer si besoin.
9°/ Gérez votre réseau dans la durée, donnez généreusement de votre temps, de vos idées et de votre temps d’écoute, vous oserez ainsi demander de l'aide en retour si nécessaire.
10°/ Soyez attentif à l’image que les autres ont de vous pour rester en phase et prenez en compte les perceptions que vous générez, surtout s'il y a un écart avec vos intentions.
Et quand la situation s’est trop dégradée :
-Gardez en tête qu’il y a toujours une co-responsabilité dans la relation, ce qui arrive n'est pas à 100 % la faute de l’autre.
-Décryptez les boucles interactionnelles inefficaces. Pour en sortir : changez-vous vous-même plutôt que d’essayer de changer l’autre (ce sera une conséquence).
-Tentez de réparer la relation (sauf en cas de rapport de force), c’est-à-dire ce qui a été mal perçu de part et d’autre (les cailloux dans le tuyau relationnel qui empêchent l’information de circuler sans être déformée), et envisagez de nouvelles manières de fonctionner plus compatibles entre vous.
-Partez si trop de relations sont dégradées et que votre vie devient impossible. Attention, vous ne vous ferez une « virginité » ailleurs que si la rumeur ne vous devance pas (le monde est petit) et prenez le temps d’analyser ce qui n’a pas fonctionné pour le changer et éviter que cela recommence.
La principale condition de performance des collaborations est relationnelle. Créer des liens de qualité et prendre soin des autres/des relations sont d’excellents investissements. Plus vous le faites, plus ça devient naturel et plus il en découle d’incroyables bénéfices tels que la gratitude, des témoignages, du soutien, de l’aide, des conseils et surtout du bien-être alors que des relations compliquées rajoutent de la charge mentale, isolent, excluent et rendent vulnérable. L’intelligence relationnelle est une compétence indispensable, surtout à l’ère de l’IA, et constitue une responsabilité managériale. Bonne nouvelle, on peut facilement développer son capital en analysant et ajustant ses comportements et en étant attentif à l’effet que l’on produit sur les autres. Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire pour gérer vos relations de manière stratégique !
Gérer ses relations de manière stratégique | |
|---|---|
Bénéfices | Risques à ne pas le faire |
Performance individuelle et collective (collaboration, productivité, innovation) | Moindre productivité, isolement professionnel (pas d’alliés ni de soutien) et conflits ou relations compliquées |
Accès facilité à l’information et aux ressources ou à des solutions et de l’aide en cas de problème | Informations incomplètes, pas d’accès aux informations critiques et aux signaux faibles ni aux informations sur les changements à venir ou tendances |
Réputation et influence, légitimité | Vulnérabilité « politique », exclusion des décisions et projets stratégiques, peu de considération de votre valeur ajoutée |
Opportunités professionnelles (mobilité, promotions, projets stratégiques) | Stagnation professionnelle, pas d’opportunités, pas de sponsor et on ne pense pas à vous |
Bien-être et engagement | Surcharge émotionnelle et cognitive, charge mentale, risque de burn-out |
Résilience face à l’adversité professionnelle et soutien en cas de situation difficile ou de changement | Pas de possibilité de délégation ou d’appui |
Rétention des talents et sentiment d’appartenance | Contagion émotionnelle ou désengagement / baisse de motivation, turn-over |










