Management
Faire de l'adversité une force

Sandrine Caillé
Human Transfo
https://human-transfo.com/
Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo, accompagne les changements individuels et collectifs et rend accessible la complexité humaine. Consultante depuis 22 ans, elle permet d’atteindre les enjeux business en focalisant l’attention sur les comportements indispensables. Son approche du changement consiste à mobiliser à tous les niveaux hiérarchiques
Arrêter de s’adapter pour une entreprise peut lui être fatal, est-ce si différent pour les individus ? La capacité de résilience est étroitement corrélée à notre adaptabilité. Pour nous adapter, nous devons ajuster nos comportements et donc renoncer au confort de certaines situations en commençant par faire le deuil d’une situation qui parfois nous convient bien.
Qui dit résilience, dit en fait stress et adaptabilité
Un peu comme le leadership ou les qualités managériales, on peut se demander si la résilience est totalement innée ou acquise. Une chose est certaine, comme face à la douleur, nous ne sommes pas tous égaux. Les déterminants tiennent à des caractéristiques individuelles (dont la génétique compte pour environ 50 %) mais aussi à des dimensions familiales et sociales.
Quelques définitions. Au sens physique la résilience est une capacité de résistance aux chocs des matériaux. Au sens figuré, elle indique le fait qu’une personne ne se laisse pas abattre. En effet, elle correspond, selon Boris Cyrulnik, à une capacité d’adaptation d’un individu qui a vécu un traumatisme. Cela n’efface rien mais permet de supporter et de continuer à vivre pleinement. Quid de la résilience au travail ? Elle est mesurée en entreprise depuis 2011, par la psychologue organisationnelle Kathryn McEwen et le Dr Peter Winwood, comme capacité́ d’un individu à gérer le stress quotidien dans l’environnement professionnel et à rester en bonne santé́, à rebondir et tirer les leçons des revers inattendus et à préparer proactivement les challenges à venir. Elle repose ainsi sur 4 piliers : l’authenticité, l’adaptabilité, la santé et la collaboration.
Si la résilience permet d’être proactif et de s’adapter y compris dans des contextes difficiles, elle est donc étroitement liée à la notion de stress qui renvoie elle aussi à différentes réalités puisque le stress désigne à la fois un facteur déclencheur, une réaction et sa conséquence physiologique.
Définition du stress selon l'Accord national interprofessionnel (ANI) du 2 juillet 2008 : « Un état de stress survient lorsqu’il y a un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. L’individu est capable de gérer la pression à court terme mais il éprouve de grandes difficultés face à une exposition prolongée ou répétée à des pressions intenses ».
Gérer notre stress (perçu) suppose de trouver des stratégies qui sont bonnes pour notre santé et pour l’efficacité et notamment de se confronter aux situations difficiles plutôt que les éviter. Ainsi, on peut dire que s’adapter revient à adapter son comportement à la situation en trouvant des ressources (internes et/ou externes) afin de faire différemment de ce que nous faisions intuitivement ou par habitude. Plus on est confronté à des situations stressantes, plus on apprend à s’adapter et donc plus on développe une forme de résilience. S’interdire de changer quoi que ce soit, revient à se laisser vieillir prématurément… et ce n’est pas une question d’âge mais bien d’état d’esprit !
Faire le deuil d'une situation comme pré-requis du changement
On pourrait penser qu’un changement que l’on décide, va de soi. Pourtant, pas toujours. Prenons l’exemple d’une personne qui décide de changer de job. On pourrait croire que ce désir permet de facilement passer le cap, surtout s’il est couplé à un certain nombre d’insatisfactions. Pourtant ce n’est pas toujours le cas. Notamment lorsque l’on a passé un certain temps dans cette entreprise ou qu'on lui garde un attachement fort. Difficile de comprendre la contradiction entre une très forte envie de passer à autre chose et un élastique qui nous retient en arrière. Cet élastique est d’ailleurs d’autant plus puissant si on a peu sollicité ses capacités d’adaptation en changeant peu de job ou d’entreprise. Concrètement, le niveau d’incertitudes augmente et le niveau de stress également (d’un point de vue physiologique cortisol + noradrénaline). On se met à douter (voir RF Social de Septembre, « Quand le manageur se sent un imposteur »). Le pire, c’est que ce cocktail émotionnel peut nous faire renoncer à notre projet de départ ou nous faire remettre à plus tard et donc procrastiner pour rester à coûte que coûte dans une forme de confort qui pourtant ne nous convient plus. Faut-il privilégier le confort du court terme en lien avec une situation que l’on connaît bien ou bien regarder les bénéfices à moyen-long terme pour se donner l’énergie d’affronter l’inconnu et les incertitudes ?
Premières pistes à tester pour aller de l'avant
1°) Changer suppose de pouvoir mettre en face des contraintes et/ou difficultés potentielles au moins la même charge en bénéfices attendus. La première chose à faire consiste à bien visualiser ces bénéfices : pourquoi ce changement, qu’est-ce que je vais y gagner au final ? En quoi cela compense largement ce que je perds ? D’ailleurs qu’est-ce que je perds ?
2°) Avancer pas à pas plutôt que tout changer radicalement. Il est plus facile de changer par petites touches, de prendre conscience de ses automatismes pour mieux en sortir et de se créer de nouvelles habitudes pour se remettre dans une certaine forme de confort.
Développer sa résilience dans l'action
Bien entendu le sujet premier est celui de la santé. D’ailleurs les dernières campagnes audiovisuelles le soulignent : faire des efforts pour sa santé, maintenant c’est préparer l’avenir !
On sait tous ce que l’on doit faire et ne plus faire pour améliorer ses ressources physiologiques au travers d’une bonne hygiène de vie (sommeil, nourriture et boissons, sport, respiration), et pourtant on ne le fait pas, ou pas suffisamment. Prendre de bonnes résolutions est une chose, les tenir dans la durée en est une autre. Rien de tel que comprendre le fonctionnement de son cerveau pour expliquer nos décisions de manger cette part de gâteau ou de rester devant la télévision plutôt qu’aller à sa séance de sport hebdomadaire. Tout s’explique. Se fixer des objectifs, c’est bien. Développer un réel contrôle de soi et de ses mécanismes de satisfaction addictive (au travers des enseignements des neurosciences et des sciences cognitives) offre une réelle opportunité de reprendre le contrôle sur soi (et on va dire sur ses pulsions).
Vient ensuite le fait de trouver sa juste place dans le monde. Pour cela rien de tel que d’analyser régulièrement (tous les mois, tous les trimestres ou chaque année en fonction de votre actualité) les différents secteurs de sa vie (professionnelle, mais aussi personnelle, familiale, amicale, loisirs…) avec soit un objectif principal et l’espace-temps dans l’agenda que l’on y consacre, soit une valeur principale en lien avec ce secteur ainsi que deux autres valeurs également importantes à nos yeux (si possible en lien avec quelques comportements ou actions à mener pour la prochaine période).
Puis, un des enjeux consiste à se montrer pro-actif face aux situations difficiles en cherchant à les résoudre assez tôt quand elles apparaissent (et non de s’inquiéter en amont qu’elles existent, vous verrez cela soulage !), et s’efforcer de regarder le positif plutôt que de s’engluer dans le négatif. Développer un état d’esprit positif passe, par exemple, par s’interroger sur ce que l’on apprend d’une situation (encore plus quand elle nous confronte à nos limites en nous exposant à une difficulté). Se forcer à regarder ce qui est réussi dans cette expérience, même si le résultat n’a pas été à la hauteur de ce que vous visiez. S’obliger à formuler ce dont on est fier. Plusieurs techniques issues des Thérapies Comportementales et Cognitives comme l’analyse des situations stressantes et la prise de recul émotionnelle dans ces situations ou encore la cohérence cardiaque et la relaxation selon Jacobson ou la méditation, ont des bénéfices sur notre santé et apportent du bien-être.
Enfin, garder en tête que l’on n’est pas seul et donc tisser des liens de confiance (même si je suis plutôt introverti et que je me ressource seul) pour pouvoir demander de l’aide en cas de besoin. Apprendre à formuler des demandes explicites pour sortir de l’implicite. En effet, le lien social est un facteur majeur de réduction du stress ; c’est la raison pour laquelle les groupes de parole aident à relativiser les épreuves de la vie, savoir que d’autres personnes vivent ou ont vécu la même chose que soi nous rassure et nous aide à relativiser notre situation. Même introverti, l’humain est un être social qui se nourrit des autres.
« Tout ce qui ne tue pas rend plus fort ». L’adversité est un message de la vie qui nous pousse à nous réinventer et rien de grand dans l’humanité n’aurait été possible sans l’incroyable faculté humaine à s’adapter et à tenir compte de ce qui se passe pour s’ajuster. Le confort de nos habitudes nous piège. Entretenons nos capacités d’adaptation et changeons des petites choses mais régulièrement.










