Management
Pourquoi consolider son estime de soi et comment

Sandrine Caillé
Human Transfo
https://human-transfo.com/
Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo met en mouvement les équipes, les managers et les dirigeants. Consultante depuis 25 ans, elle rend accessible la complexité humaine et permet d’atteindre les enjeux business en identifiant les comportements indispensables. Son approche est de transformer toute forme de résistance en énergie positive. Avec Human Transfo, (re)mettez l’humain au cœur des changements.
La quête de l’excellence est un poison instillé dès l'enfance par l’éducation, l’école et les études supérieures jusqu'à son terrain de prédilection, le travail. Et cette quête peut vite nuire à l’estime de soi qui est, elle, primordiale à l'intégration et la réussite du salarié, du manager, dans l'entreprise.
Confiance en soi ou bonne estime de soi
La plupart des personnes expriment manquer de confiance en soi alors qu’il s’agit plutôt d’un manque d’estime de soi. La confusion est fréquente.
La confiance en soi s’éprouve dans l’action, au travers de la capacité à atteindre ses objectifs. Rare sont ceux qui estiment en avoir en excès. Cela se traduit notamment par des difficultés à aller vers les autres – surtout des personnes en vue - dans un cocktail, à parler de soi devant des inconnus ou encore à prendre la parole en public. Parfois, il y a un écart entre ce ressenti (très intérieur) et la perception de ceux qui observent. On a généralement l’impression de manquer de confiance en soi alors que les autres, eux, en ont.
L’estime de soi, elle, est un ensemble de pensées (concept de soi) et de sentiments (amour de soi) vis-à-vis de soi-même. Elle se construit (ou se déconstruit) dès le plus jeune âge au travers du regard des parents. Sans un travail personnel pour sortir du regard des autres, elle devient dépendance. Après avoir recherché l’approbation de ses parents, on cherche celle de ses amis, ses professeurs puis ses mentors, son conjoint, son manager, ses enfants et de toute autre personne rencontrée pour la première fois. Ce regard de l’autre vient nourrir un sentiment d’être quelqu’un de bien ou d’important. Le problème est ici de lier sa performance ou ses résultats à ce que l’on est. Or, la performance n’étant pas stable dans le temps, cela génère une estime de soi elle aussi variable. Un jour j’ai le sentiment d’être le meilleur pour le lendemain me sentir nul. Le lien avec la quête de l’excellence est alors établi : « Je dois absolument être le/la meilleur(e) et réussir sinon je suis nul(le) et je ne vaux rien ».
Estime de soi, excellence et peur de l'échec : quel lien ?
Lorsque l’estime de soi est faible et que le besoin d’excellence est fort, la peur de l’échec devient quasiment paralysante. En effet, derrière la performance se cache souvent l’anxiété. C'est ainsi que certains, experts en la matière, imaginent plus fréquemment les scénarios catastrophe que de succès. Cette anxiété pousse à la performance. Mais à quel coût ?
L’excellence n’autorise pas toujours le droit à l’erreur et fait dépasser certaines limites physiologiques (rappelez-vous qu’aucun manager n’est parfait et que ce n’est pas ce qu’on attend de lui). On devient alors un excellent candidat au burn-out. Sans aller jusque-là, il suffit d’une prise de fonction, un peu tôt par rapport à ce qu’on imaginait, pour douter et avoir du mal à prendre sa place (voir RF Social 232, « Quand le manager se sent un imposteur »). Si l’excellence pousse à la réalisation de soi et à la résolution de problèmes, ce qui encourage l’amour-propre, en revanche, un sens des réalités exigeant génère une perception de soi et donc un amour de soi souvent minimisé. Il est essentiel d'y être attentif.
À noter
Les profils dits « travaillomanes » ont tendance à réussir par leur travail, leurs efforts et leur détermination, donc ils connaissent moins l’échec voire ils font tout pour l’éviter. Cela ne renforce pas pour autant leur estime de soi.
Il semble aussi que les modèles de réussite évoluent avec les générations, les raisons de ces différences étant sociologiques et éducatives. Tout en se méfiant de ne pas mettre les personnes dans des cases, une tendance voudrait que pour un « génération X » la réussite soit beaucoup plus dans l’effort, alors qu’un « génération Z » a besoin de liberté et pense que tout est possible (enquête IFOP 2024 : 40 % de Z sont prêts à quitter leur poste pour gagner moins).
Attention donc, l’estime de soi est un moteur puissant pour réussir dans tous les domaines de la vie mais la qualité de la relation que l’on entretient avec soi est essentielle. Si l’excellence permet la réussite, renforçant l’estime de soi, trop intense ou connectée à la performance, elle fragilise.
Quand l'excellence isole
À l'école, les « bons élèves » sont moqués. Plus tard, les salariés soucieux d'excellence se trouvent parfois en décalage avec les autres. Ces salariés, ces managers, se sentent différents et parfois ne comprennent pas les réactions des autres à leur égard. C’est le cas de Fabienne qui depuis longtemps s’adapte et cherche à dépasser ses objectifs (+ 150 %), alors que des collègues ne les atteignent pas, et qui pour cela travaille beaucoup au point de basculer dans le mal-être et se faire arrêter. Elle n'a aucun soutien de son manager qui se sent bousculé, craint pour sa place - qu’il occupe depuis plus de 10 ans -, et a peur du changement. Des collègues la jalousent et lui rendent la vie impossible (remarques assassines, mise à l'écart pour déjeuner…).
Parfois, ces « bons salariés » sont jugés « culottés » ou très autocentrés. Leur apparent excès de « confiance en soi » agace ou rend jaloux, alors que, leur attitude prend racine dans un manque d’estime de soi qui induit des comportements surjoués perçus comme envahissants en raison d’une recherche d’attention et d’une peur du rejet. Quand le manque d’estime de soi amène à écraser les autres (même sans le vouloir) il est temps de se remettre en cause pour éviter l’isolement social. Si l’excellence est un moteur, à moyen et long terme cela peut coûter très cher, alors autant chercher d’autres stratégies.
À noter
Les efforts pour tendre à l'excellence ne riment pas toujours avec réussite. Dans l’entreprise, on peut être sous-performant dans un environnement et en parfaite réussite dans un autre. En effet, le poste occupé, le management (N+1 et N+2), l’ambiance et les conditions de travail avec les collègues et les partenaires comptent beaucoup.
Développer son estime de soi
Voici 10 points de stratégie pour développer une estime de soi stable et indépendante du regard des autres.
❶ Entretenir ses talents après les avoir clairement identifiés. Soyez conscient de ce que vous faites avec aisance, de votre zone de confort/d’excellence et ce qui vous coûte. Plus globalement mieux se connaître et s’accepter.
❷ Se mettre en mouvement et agir plutôt que regretter et s’apitoyer sur son sort en se positionnant en victime.
❸ Revoir son niveau d’exigence vis-à-vis de soi-même et ajuster ses objectifs. Arrêtez de viser l’exceptionnel et faites juste de votre mieux. Stoppez les phrases poison (qui remontent parfois à l’enfance) car chaque fois que vous vous dévalorisez ou que vous mettez la barre trop haut, vous vous fragilisez.
❹ Ritualiser l’exercice des fiertés à partir de ses réalisations (idéalement chaque soir). Pas besoin d’attendre l’exploit ou l’action exceptionnelle. Sachez apprécier vos petits efforts et comportements audacieux, les actions réalisées alors que vous ne vous en sentiez pas capable et celles dont l’effet ou le résultat dépasse ce qui était espéré.
❺Célébrer les efforts et la persévérance dans l’action malgré les obstacles. Faites la part des choses entre le chemin et les résultats. Méditez sur le mérite et la notion d’effort même si la culture du résultat domine dès l’école.
❻ Mettre des limites aux autres pour ne pas se laisser envahir. Affirmez-vous, faites face à la peur d’abandonner les autres ou de les décevoir. Recentrez-vous sur vous. N’êtes-vous pas en train de vous abandonner vous-même quand vous ne mettez pas de limites ?
❼ Cultiver son indépendance vis-à-vis des autres dans les décisions ou dans les actions. Éviter de suivre ce que font les autres comme un mouton. Ne cherchez pas à faire l’unanimité mais à tracer votre propre chemin, en toute liberté.
❽Comprendre le mécanisme et déconstruire le scénario destructeur de l’estime de soi. Si nécessaire, trouvez un animal totem ou un personnage sympathique pour relativiser votre tendance à vous dévaloriser, rester en retrait, abandonner, ou, à l'inverse, à faire le coq…
❾Pardonner aux autres et à soi-même car le ressentiment ne sert à rien sauf à vous faire du mal. Donnez-vous le droit à l’erreur. Concentrez-vous sur le positif et restez positif quoi qu’il arrive en cultivant votre optimisme.
❿ Prendre soin de soi car la santé et le niveau de bien-être influent sur le niveau de confiance et d’estime de soi. Faites attention à votre hygiène de vie et veillez à ce que la fatigue ne réduise pas votre énergie et donc votre capacité à faire. Faites appel à des professionnels compétents chaque fois que vous sentez qu’un de vos piliers de santé est en risque.
Avec les vacances d’été qui approchent, prenez le temps de vous interroger sur votre niveau d’estime de soi et plus globalement la relation que vous entretenez avec vous-mêmes. Car pour être bien avec les autres, encore faut-il déjà être bien avec soi.










