Management
Rester un manager authentique tout en incarnant la fonction

Sandrine Caillé
Human Transfo
https://human-transfo.com/
Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo, accompagne les changements individuels et collectifs et rend accessible la complexité humaine. Consultante depuis 22 ans, elle permet d’atteindre les enjeux business en focalisant l’attention sur les comportements indispensables. Son approche du changement consiste à mobiliser à tous les niveaux hiérarchiques
Être manager c’est être le garant d’un cadre de fonctionnement dans une entreprise. Peut-on rester soi-même quand on devient manager ? Comment ne pas avoir l’impression de jouer un rôle qui ne nous convient pas ? Que faire si l’écart se creuse entre ce que je suis et ce que l’on me demande de faire ?
Manager c'est avant tout organiser, prévoir, planifier
Quand on devient manager d’une petite équipe, le changement majeur consiste à organiser le travail pour d’autres personnes que soi-même. Une fois les objectifs ou la feuille de route fixée, il convient de prévoir le temps nécessaire pour atteindre les résultats. À partir de là, on détermine les ressources indispensables. Manager c’est être garant d’une organisation qui fonctionne, c’est-à-dire qui produit les résultats attendus.
À noter
Le manager se voit déléguer l’organisation de son équipe, il est donc censé être le plus à même de savoir s’il a assez de ressources pour atteindre les résultats qu’on lui demande.
Depuis quelques années, la tendance générale est de faire plus avec moins. Que faire en cas de manque de cohérence entre un niveau de résultats attendus et les moyens que l’entreprise accepte de consentir ? Probablement un premier sujet d’affirmation de son authenticité quand on est manager.
À FAIRE. Manager suppose de trouver des marges de manœuvre dans un système de contraintes. Toutefois lorsque votre expérience vous laisse penser que ce n’est pas / plus possible, défendez votre point de vue avec des arguments factuels !
C’est plus simple quand on a de l’expérience que quand on démarre en tant que manager, qu'on doit faire ses preuves et qu'on a envie de faire plaisir. Étouffer son malaise n’est pourtant pas la meilleure option car l’entreprise a besoin de managers responsables qui attirent l’attention sur les risques et les conséquences des décisions.
Plus l’équipe est autonome et composée de cadres, ou de collaborateurs expérimentés, plus l’organisation du travail est en théorie simple. Il suffit d’être un bon chef d’orchestre qui pose les bonnes questions, assure le suivi et pilote les indicateurs et/ou l’avancement des sujets. Si les personnes ne sont pas encore autonomes, il faut suivre les sujets pour éviter les mauvaises surprises.
Plus l’équipe est importante, plus des managers intermédiaires jouent ce rôle et le manager de managers a un rôle de coordinateur, d’arbitre et d’animateur de la réflexion stratégique pour ajuster les priorités au fil de l’année. Accompagner les managers intermédiaires débutants, peu expérimentés, nouveaux dans l’équipe/l’entreprise c'est être un manager coach qui les accompagne sur leur mode de management en leur posant des questions pour qu’ils trouvent des réponses qui fonctionnent. Ici, le manager authentique est celui qui laisse de la marge de manœuvre et laisse ses managers intermédiaires exprimer leur authenticité. L’idée n’est pas d’en faire ses clones mais de les laisser trouver leur manière de manager.
Manager c'est guider le changement et faire grandir
L’entreprise a de plus en plus besoin de managers leaders qui accompagnent l’impulsion des transformations indispensables à sa pérennité. Ce sont eux, au travers de leurs actions qui font que les changements se concrétisent au quotidien et qui permettent aux équipes d’évoluer.
Devenir manager suppose de s’approprier les enjeux stratégiques partagés par la direction, les faire siens et permettre à son équipe de comprendre ce qu’elle doit faire évoluer pour que cela fonctionne.
À quoi reconnaît-on un bon manager ? C’est celui qui donne un cadre suffisamment clair pour tous et qui laisse de la marge de manœuvre pour le concrétiser au quotidien. Pour cela encore faut-il être d’accord avec les orientations de l’entreprise. J’ai déjà entendu des managers dirent à demi-mot « pour porter un changement, encore faut-il être soi-même convaincu ! » Ils ont tout à fait raison. Même les managers peuvent être ambivalents par rapport au changement et le vouloir sans le vouloir.
À FAIRE. Manager suppose de s’approprier les changements qu’on vous demande de porter. Vous devez demander à être vous-même convaincu et disposer d’un espace pour poser toutes vos questions, si ce n’est pas le cas, exprimez que c’est indispensable à la réussite de ce changement pour l’entreprise, coordonnez-vous et témoignez de votre envie de le faire, mais dans de bonnes conditions !
Une autre caractéristique essentielle du bon manager est son niveau d’empathie vis-à-vis de son équipe. Être plus authentique suppose probablement de réduire l’écart entre qui on est dans la vie personnelle (en particulier avec ses amis) et le rôle qu'on incarne en tant que manager. Même si encore une fois, le manager est garant d’un cadre de travail qui garantit l’équité entre les personnes. Être tolérant ne veut pas dire tout tolérer !
À noter
Être à l’écoute ou empathique, ce n'est pas être d’accord avec ce que l’on entend ou accepter toutes les demandes. C'est agir le plus souvent possible avec sa casquette d’humain et non celle du manager rigide et sans émotion.
À FAIRE SANS MODÉRATION. Intéressez-vous à vos collaborateurs, remerciez-les, écoutez-les sans prendre parti dans un premier temps, faites-leur des feedbacks positifs.
Les questions pour être plus authentique demain
L’authenticité renvoie à la question de ses valeurs personnelles et donc à l’éthique et la capacité de rester intègre au travers de la représentation que l’on se fait de son rôle. Encore faut-il pouvoir exprimer ce que l’on met derrière ces mots et identifier la source de frustration ou de malaise.
Si je choisis d’intégrer une entreprise dont les valeurs sont très proches des miennes, il est plutôt facile d’être authentique et d’agir en toute intégrité car au travers de mes actes je peux librement exercer ce qui compte pour moi.
Au contraire si les valeurs de l’entreprise sont trop éloignées de mes représentations de ce qui est juste, important et qui a de la valeur, je risque de me sentir toujours écartelé entre ce que je suis et ce que je dois faire. Cette image, d’être en permanence tiraillé ou pire écartelé est claire : ce n’est pas tenable très longtemps. Cette situation peut aussi se produire à l’arrivée d’un nouveau dirigeant qui impulse des changements en profond décalage avec l’identité de l’entreprise ou d’une manière qui n’est pas celle de la culture d’entreprise. On peut alors avoir le sentiment de perdre son âme…
À FAIRE. Ne restez pas seul avec ces sujets. Identifiez les bonnes personnes pour en parler, peut-être des collègues de confiance pour commencer, parfois ce sera votre N+1 ou le dirigeant directement, d’autres fois la RH. Ne vous exprimez pas trop vite, trop fort, ne « partez pas au quart de tour » avant d'avoir posé et pensé les choses pour que vos propos soient mesurés et adaptés. Autorisez-vous à douter du malaise que vous ressentez. Avez-vous tous les éléments pour comprendre ce qui se passe et vous dérange ?
L’autre sujet directement lié à l’authenticité est la question de la considération. Suis-je traité en tant que manager comme je le souhaite, ou bien ai-je le sentiment de beaucoup mieux traiter mes collaborateurs que je ne le suis moi-même ?
À FAIRE. Là encore ne restez pas seul avec ces préoccupations, vous pouvez en parler chez vous ou avec des amis, surtout s’ils sont aussi managers, c’est peut-être le moment de prendre un coach avant de partager votre questionnement au sein de l’entreprise comme indiqué précédemment. Toutefois, répondre « non » à cette question vous désolidarise d’un mode de fonctionnement que vous n’avez probablement plus envie de cautionner et vous devez peut-être commencer à penser qu’un nouveau chemin existe, peut-être ailleurs pour éviter de trop nombreuses frustrations qui peuvent conduire à un vrai mal être, voire des maladies…
Ce que je suis est très bien. J’ai donc le droit d’être authentique. Je joue mon rôle de manager en fonction de la représentation que je me fais de ce rôle dans un contexte donné. Tant que ce que j’ai à faire dans mon rôle ne vient pas en opposition avec celui ou celle que je suis et que je veux être absolument, tout va pour le mieux et je peux exercer mon authenticité sans trop me poser de questions. Prendre du recul et s’interroger régulièrement sur cette thématique fait partie de l’hygiène de vie du manager qui veut pouvoir exercer ses fonctions sans trop d’états d’âme.
Est-ce que devenir un manager plus authentique fait partie de vos résolutions 2022 ? Il n’est pas trop tard si ce n’est pas le cas ! Bientôt les décisions d’augmentation à annoncer… Quelles décisions finales sont redescendues dans vos enveloppes ? Pourrez-vous être authentique en restituant les décisions ?










