Respecter la procédure
Agir dans un délai restreint. - La rupture anticipée du CDD pour faute grave du salarié nécessite d'observer les formalités de la procédure disciplinaire (entretien préalable, notification de la rupture) (cass. soc. 11 avril 1996, n° 93-42632, BC V n° 151).
L'employeur doit déclencher la procédure disciplinaire dans un délai restreint après qu'il a eu connaissance des faits, dès lors qu’aucune vérification n’est nécessaire (cass. soc. 6 octobre 2010, n° 09-41294, BC V n° 214).
Attention, s'il a déjà sanctionné les faits (ex. : avertissement), en l'absence de nouveau manquement, il ne peut pas prononcer la rupture anticipée du CDD pour faute grave sur ce motif (cass. soc. 2 novembre 2005, n° 03-44766 D).
Convoquer le salarié. - L'employeur convoque le salarié à l’entretien préalable (lettre remise contre récépissé ou envoyée en LRAR). Cette lettre n'est pas une condition de validité de la convocation à l'entretien préalable, mais un moyen de prouver que le salarié a bien reçu cette convocation (c. trav. art. L. 1332-2 et R. 1332-1 ; cass. soc. 20 novembre 2013, n° 12-30100, BC V n° 274).
À noter
Le défaut de convocation à l’entretien préalable constitue une irrégularité de procédure mais ne rend pas la rupture abusive (cass. soc. 14 mai 2014, n° 13-12071, BC V n° 118). Toutefois, elle ouvre le droit au salarié à des dommages-intérêts s'il en a subi un préjudice (cass. soc. 13 avril 2016, n° 14-28293, BC V n° 72).
Tenir l'entretien. - Au cours de l’entretien préalable, l’employeur indique le motif de la sanction qu'il envisage et recueille les explications du salarié. Il peut être assisté d’un autre salarié de l’entreprise, qui peut intervenir pour confirmer les faits reprochés à l'intéressé (cass. soc. 5 mai 2010, n° 09-40737, BC V n° 110).
De son côté, le salarié peut être assisté par une personne de son choix appartenant au personnel de l'entreprise. Dans les entreprises sans représentant du personnel, contrairement à la procédure de licenciement, le salarié ne dispose pas de la faculté de se faire assister par un conseiller extérieur (cass. soc. 25 octobre 2000, n° 98-43760 D).
Notifier la rupture. - L'employeur doit notifier au salarié la rupture anticipée de son CDD pour faute grave par lettre remise en main propre ou LRAR. Il ne peut pas se contenter d'informer verbalement le salarié de la rupture anticipée du contrat durant l'entretien, sans lui notifier la rupture par lettre motivée (cass. soc. 16 mars 1995, n° 91-44553 D).
La lettre de notification doit indiquer le motif de la rupture en énonçant les griefs et les circonstances caractérisant la faute grave (cass. soc. 23 janvier 1997, n° 95-40526, BC V n° 32), sans se borner à renvoyer à une liste de griefs remise lors de l'entretien préalable. En cas de contentieux, l’employeur ne pourra pas s’appuyer sur d’autres motifs que ceux énoncés dans cette lettre (cass. soc. 26 février 1992, n° 89-44090, BC V n° 127).
L'employeur doit remettre ou expédier la lettre de rupture au plus tôt un jour franc et au plus tard un mois après la date de l’entretien (c. trav. art. L. 1232-2). À défaut, la rupture ne peut pas être annulée (cass. soc. 12 novembre 2003, n° 01-42130, BC V n° 278) mais le salarié a droit à des dommages-intérêts s'il subit un préjudice du fait de l'irrégularité de la procédure (cass. soc. 27 juin 2001, n° 99-42216, BC V n° 236).
Salarié protégé. - Lorsque le salarié en CDD est un salarié protégé (ex. : membre du CSE, délégué syndical), l'employeur doit respecter la procédure de licenciement d'un tel salarié (ex. : consultation du CSE, obtention de l'autorisation de rompre le contrat de l'inspection du travail) (c. trav. art. L. 2412-1 à L. 2412-16 ; guide DGT, septembre 2019, fiche 13a, § 1.1).
Le contrôle de l’inspecteur du travail porte sur les points suivants (guide précité, fiche 13a, § 1.2) :
-la tenue de l’entretien préalable et la consultation du CSE, si le mandat le nécessite (c. trav. art. L. 2421-7) ;
-le bien-fondé du motif de rupture allégué ;
-l’absence de lien avec le mandat ;
-l’absence de motif général s’opposant à l'autorisation de la rupture anticipée.
L’employeur ne peut signifier la rupture qu’après avoir obtenu l’autorisation de l’inspecteur du travail. Faute d’autorisation, le CDD doit se poursuivre jusqu’à son terme.