Le PLFSS et quelques-unes de ses mesures RH
Le gouvernement repart de l'existant. - Le gouvernement Bayrou a décidé de relancer les discussions sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2025 là où elles en étaient restées suite à la censure du gouvernement Barnier.
Concrètement, l'examen du projet de loi va recommencer à l'Assemblée nationale (à partir du 3 février pour ce qui est de la séance publique), sur la base de la dernière version votée du texte, à savoir celle votée par le Sénat le 26 novembre 2024.
L'enjeu des débats à l'Assemblée et la suite. - L’enjeu sera notamment de savoir si les compromis qui avaient été trouvés en commission mixte paritaire sur ce volet du PLFSS seront repris par l'Assemblée, ou si l'Assemblée choisira sa propre voie.
Si l'Assemblée adopte un texte au terme de cette nouvelle lecture (le cas échéant sous « 49 al. 3 »), le PLFSS partira au Sénat, avant de revenir à l'Assemblée nationale, laquelle aura le dernier mot. L'exécutif espère une adoption définitive avant la fin février 2025, sachant qu'il y a toujours le risque d'une nouvelle censure.
Coût du travail. - Pour les entreprises, le gros morceau du PLFSS est lié au coût du travail, avec la réforme des allégements généraux de cotisations patronales (PLFSS, art. 6).
L'idée générale est de procéder en deux temps, d'abord en réduisant la voilure en 2025 sur les réductions de taux sur les cotisations patronales maladie et allocations familiales (actuellement, salariés payés respectivement moins de 2,5 et moins de 3,5 SMIC valeur 31.12.2023).
À partir de 2026, les réductions de taux sur les cotisations maladie et allocations familiales seraient supprimées. Resterait une réduction dégressive reconfigurée qui irait plus loin (le texte initial du PLFSS et le texte CMP avaient prévu un point de sortie à 3 SMIC, le Sénat à 2,05 SMIC).
Par ailleurs, dès 2025 la prime de partage de la valeur serait prise en compte dans le calcul la rémunération utilisée pour calculer la réduction générale de cotisations patronales, ce qui en pratique est défavorable aux employeurs.
Les apprentis seront-ils mis à contribution ? - Que ce soit dans le texte initial, au Sénat ou en CMP, le PLFSS contient pour l'heure, pour les contrats d'apprentissage conclus à partir de 2025, des dispositions visant (PLFSS, art. 7, I et 7 bis A) :
-à abaisser la limite d'exonération des cotisations salariales de 79 % à 50 % du SMIC ;
-à assujettir à CSG/CRDS la partie du salaire excédant 50 % du SMIC (au lieu de l'exonération totale actuelle).
Une 2e journée de solidarité ? - L'Assemblée va se pencher sur une mesure ajoutée au PLFSS : sous couvert d'une nouvelle dénomination de « contribution de solidarité par le travail », la création d’une 2e journée de solidarité et le doublement de la contribution patronale de solidarité pour l'autonomie pour la passer de 0,3 % à 0,6 % (PLFSS, art. 7 bis B).
La mesure faisait suffisamment débat pour avoir été supprimée en commission mixte paritaire (CMP). Mais comme le texte CMP a été rejeté du fait de la censure, on en revient à la version du Sénat, dans laquelle on trouve toujours cette disposition.
Peut-être (sans doute ?) sera-t-elle une nouvelle fois supprimée, ne serait-ce que comme « concession » à la gauche pour tenter d'éviter une nouvelle censure.
PLF, PLFSS : la contrainte de l'entonnoir
Le fait de répartir des textes des PLF et PLFSS qui étaient en discussion n'est pas neutre. Impossible, en effet, de « sortir du chapeau » n'importe quel amendement.
L’exécutif comme les députés sont tenus par la règle de « l’entonnoir ». En principe, on ne peut pas déposer d'amendement portant sur des articles qui ne sont plus en discussion ou qui sont dépourvus de lien direct avec une disposition restant en discussion, le risque étant que les dispositions qui seraient votées en violation de cette règle soient ensuite censurées par le Conseil constitutionnel.