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Management

Managers, osez lâcher prise et sachez prendre du recul

Sandrine Caillé

Sandrine Caillé

Human Transfo

https://human-transfo.com/

Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo met en mouvement les équipes, les managers et les dirigeants. Consultante depuis 25 ans, elle rend accessible la complexité humaine et permet d’atteindre les enjeux business en identifiant les comportements indispensables. Son approche est de transformer toute forme de résistance en énergie positive. Avec Human Transfo, (re)mettez l’humain au cœur des changements.

On conseille souvent aux managers de prendre du recul mais il faut pour cela lâcher prise, ce qui ne va pas de soi et suppose une bonne dose de confiance en la vie et de la méthode. Face à l'impossibilité de contrôler ce qui se passe, les autres et leurs réactions, il faut se concentrer sur ce qui dépend de soi et oublier le reste. Changer le regard que l'on porte sur ce qui advient aide à développer une certaine maîtrise de soi et facilite le quotidien.

À quoi servent le lâcher prise et la prise de recul ?

L’absence de recul induit des réactions exagérées à des situations ou bien des ruminations. Il arrive de manquer de recul et réagir « à chaud » est même attendrissant. Cela prouve que nous sommes des humains avec des limites et donc des réactions vives lorsque celles-ci sont dépassées, à la différence des robots. Toutefois, sans capacité de recul, on a peu de perspectives car manquer de recul génère « un peu plus » de la même chose. On reproduit les mêmes comportements dans les situations qui se ressemblent. Prendre du recul est donc une opportunité de s’améliorer, d’innover et de gérer des situations de plus en plus complexes. Encore faut-il réussir à lâcher prise sur nos croyances, nos convictions, nos représentations du monde pour accepter ce qui vient, sans trop de jugement.

Pourquoi est-ce si difficile de prendre du recul ?

Le manque de recul est souvent proportionnel à l’intensité émotionnelle d’une situation. L’émotion naît d’une tension entre ce qui est et ce qui devrait être, en fonction d'un référentiel personnel, la plupart du temps unique. En effet, vous pourrez observer que l’intensité émotionnelle d’une situation est directement liée à l’écart que vous constatez entre ce qui se passe et ce qui devrait se passer selon votre vision du monde. Par exemple, si vous êtes très à cheval sur la politesse et que votre manager arrive le matin sans vous saluer, il est probable que l’agacement monte et que la relation avec lui se trouve « colorée » de cet écart de valeurs puisque bien entendu vous le considérerez probablement tout à fait impoli et le biais de confirmation opérera pour que vous trouviez d’autres situations qui confirment votre ressenti. Plus l’écart est important, plus l’intensité d’émotion est importante.

Prendre du recul consiste à identifier cette intensité d’émotion pour comprendre ce qui l’a déclenchée et réouvrir son esprit au fait qu’il y a peut-être une autre explication. L’idée de la prise de recul est d’empêcher que l’émotion prenne toute la place pour agir de manière stratégique et pas seulement émotionnelle, sous le coup de l’émotion ou comme on dit « comme on le sent ». Dans l’exemple précédent, il pourrait s’agir de demander à la personne ce qui fait qu’elle ne dit pas bonjour le matin quand elle arrive, l’amenant à réfléchir sur le fait que ce n’est pas forcément idéal pour bien s’intégrer dans une nouvelle équipe. Peut-être découvrirez-vous à cette occasion qu'elle a peur de déranger ou qu'elle a l’impression d’être en retard et se sent mal à l’aise et coupable car elle gère les enfants le matin. Bref, un simple échange vous permettra de découvrir des choses que vous étiez à mille lieues d’imaginer à cause de votre standard autour de la politesse.

Pour autant, prendre du recul n’est pas toujours aisé, notamment quand nous pensons avoir une explication évidente avant même d’avoir posé la question. Dans ce cas, nous fonctionnons en mode automatique, nous ne réfléchissons pas. Nos pires ennemis en matière de prise de recul sont le succès, l’expérience, les habitudes et plus généralement les certitudes sur ce qui devrait être.

POUR ALLER PLUS LOIN. Méditez cette phrase de Gandhi : « Vos croyances deviennent vos pensées, vos pensées deviennent vos mots, vos mots deviennent vos actions, vos actions deviennent vos habitudes, vos habitudes deviennent vos valeurs, vos valeurs deviennent votre destinée. »

Une méthode pour prendre du recul inspirée des TCC

Prendre du recul permet notamment de passer d’un comportement émotionnel à un comportement stratégique (ndrl, TTC : Thérapies cognitives et comportementales).

Si je suis en colère après mon collaborateur qui n’a pas écouté mon conseil et n'en a fait qu'à sa tête, mon comportement émotionnel, sans prise de recul, sera sans doute d'aller le voir quand je l’apprends et de lui faire des reproches. Pratiquer une prise de recul consiste à me demander si ce comportement est stratégique en fonction de l’effet que je vais probablement produire. Est-ce qu'il est utile de « lui tomber dessus » et est-ce que cela permettra d’éviter qu’il recommence ? Certainement non, surtout s’il se braque.

La première attitude à adopter pour prendre du recul est de revenir au lâcher prise en se concentrant sur ce qui dépend de vous, à savoir vos comportements. Que conclure du fait qu’il a ignoré votre conseil ? Comment devez-vous vous y prendre avec lui pour avoir de l’influence ? Le comportement stratégique, une fois l’émotion redescendue, est de comprendre ce qui l’a décidé à agir ainsi et, si possible, d'identifier sa logique derrière son comportement, voire un manque de compétences comportementales de sa part caché en embuscade. En agissant ainsi, vous avez beaucoup plus de chance de savoir comment il fonctionne, de pouvoir adapter votre discours une prochaine fois et de trouver d’autres leviers d’influence tout en lui faisant prendre conscience des limites de son comportement pour qu’il réalise que sa méthode n’est pas la meilleure.

À FAIRE. Posez votre émotion, votre ressenti, l’émotion associée, pour les accueillir et qu'ils baissent en intensité. Avant de juger les comportements des autres, prenez la posture du coach qui s’interroge, questionne, cherche à comprendre la logique de l’autre. Utilisez la maïeutique socratique pour faire accoucher tout en douceur.

Une méthode en trois étapes

Étape 1 : décrire ce qui se passe

Quelle est la situation en quelques mots (idéalement sujet, verbe, complément) ?

Qu’est-ce que je ressens ? / Qu’est-ce que je me dis de cette situation ?

Si je m’écoute, qu’est-ce que j’ai envie de faire ? / Qu’est-ce que j’ai fait ?

Quelles sont/seraient les conséquences si je m’y prends de cette façon ?

À noter

Vous devez envisager l’ensemble des conséquences sur l’autre positives, négatives, à court/moyen/long terme.

Étape 2 : envisager un changement de perspectives et le concrétiser

Quel est, quels sont mon/mes objectif(s) dans cette situation ?

Qu’est-ce que je voudrais dans l’idéal ?

Quelles sont les manières de faire pour espérer atteindre ces résultats ?

À noter

Développer sa souplesse adaptative suppose d’imaginer un maximum de manières de faire. La pire des choses : remplacer une de vos manières de faire habituelles par une autre. Vous devez éduquer votre cerveau à se montrer créatif face aux situations. Vous pouvez, par exemple, vous inspirer de la logique des matchs d’improvisation en théâtre avec des qualificatifs originaux, des intentions scéniques ou des émotions, même si elles ne correspondent pas à votre nature (ex. : mode « humour », « pédagogue », « joie », « tristesse », « ambition », « responsabilisation »).

Étape 3 : s’entraîner dans des environnements sans enjeux

Comment je peux expérimenter une nouvelle compétence comportementale avec laquelle je ne suis pas particulièrement à l’aise ?

Si je trouve la mise en application difficile, je peux soit observer comment font les autres - notamment des personnes qui m’impressionnent dans ce genre de situation -, soit chercher une situation facile pour moi dans un premier temps (moins de freins).

À noter

L’idée est de développer de nouvelles connexions neuronales robustes, c’est-à-dire de nouveaux chemins synaptiques. Pour cela, il va falloir répéter et être confronté à des situations qui se ressemblent mais sont différentes.

Pas d’humanité sans émotion, pas de changement de comportement sans prise de recul. C’est en considérant régulièrement ce qui vous arrive et comment vous y réagissez, que vous pourrez vous adapter à la spécificité des situations et des personnes qui croisent votre chemin. Lâcher prise c’est accepter l’inconnu et l’incertitude. Prendre du recul suppose de mettre de côté ce que l’on sait et que l’on pense pour faire un pas vers l’autre qui, par définition, est différent de soi. Sortir d’un surengagement émotionnel dans son travail pour aller vers un niveau d’engagement « juste ». Avec la prise de recul, vous êtes garanti de devenir un peu meilleur chaque jour et ce ne sera pas en vous positionnant au-dessus des autres, mais à côté d'eux. Il n'est pas facile de rester maître de soi. Cette méthode vous permettra d’atteindre une certaine sagesse et si vous n’y arrivez pas seul, le coaching est là pour vous aider.

Parution: 11/2024
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