Les impacts du trop d'affect
Quand on est beaucoup dans l’émotionnel, la vie est colorée, passionnante, pleine de vie. Au travail cela donne des liens forts qui peuvent durer au-delà du projet ou du poste que l’on va tenir mais aussi plus de solidarité au sein d’une équipe. Il y a du plaisir à se retrouver et à passer du temps ensemble, même si ce qui est à faire est difficile, car le collectif est puissant et donne de l’énergie.
À noter
Attention cependant, le travail ce n’est ni les vacances ni la vie privée. On n’est pas là pour se faire des amis mais pour travailler efficacement ensemble.
Lorsque tous ces ressentis sont décuplés, ou disons disproportionnés, cela peut poser quelques difficultés notamment en termes de prise de hauteur et de capacité à relativiser. Par exemple, si on prend le sujet de la confiance, le risque est de la raisonner en tout ou rien : on commence par faire totalement confiance (ce qui est déraisonnable car on ne peut pas attribuer entièrement sa confiance à une personne qu’on ne connaît pas encore), puis, à un moment, on peut être déçu. Ce sentiment de déception sera proportionnel à l’intensité de la confiance de départ avec un rejet qui peut ne pas être compris par la personne concernée.
Du côté de l’ambiance, il est possible qu'elle soit bonne, même excellente au point qu’on se voit en dehors du travail d’abord dans des lieux neutres (bars, restaurants) puis qu'on se retrouve chez les uns chez les autres. Mais il peut arriver que la situation se dégrade parce qu’un conflit émerge (professionnel ou personnel), que des clans se mettent en place.
Autre risque possible, lorsqu’il y a beaucoup d’affect, on se connaît intimement et certaines personnes peuvent utiliser les informations dont elles ont connaissance (blessures ou failles notamment) pour atteindre un collègue/manager au travers de reproches sur des aspects très personnels et qui n’ont potentiellement pas grand-chose à voir avec le travail. C’est la question de l’amalgame.
Se voir en dehors du travail est donc un sujet sensible. Et bien sûr, attention aux soirées où l’alcool coule à flots et où certains perdent le contrôle de leurs propos ou de leurs actes car ces comportements peuvent remettre en cause votre autorité si vous êtes manager ou plus globalement votre crédibilité professionnelle. Comment respecter l’homme ou la femme que l’on a vu dans une situation dans laquelle on le/la juge (selon notre système de valeurs et/ou nos préjugés) indigne ou non vertueux(se) ou si on apprend des agissements qui ne correspondent pas à ses valeurs ?
À RETENIR. On parle souvent d’exemplarité. De quoi s’agit-il ? Du fait d’être congruent entre ce que je demande aux autres et ce que je fais, notamment. De plus, l’enjeu du manager et du dirigeant est d’être respecté dans leurs fonctions. Pour cela, le fait d’être respectable et donc irréprochable est essentiel. Sachant que le référentiel de cet « irréprochable » est en lien avec les valeurs qui peuvent varier d’une personne à l’autre. Attention de ne pas vous mettre dans une situation où vous perdez de vue les conséquences et interprétations de vos actes et propos.
De plus, si on mélange trop le pro et le perso et que les autres savent tout de notre vie (ou pensent tout savoir), voire qu’ils en font partie (ou en ont l’impression, tellement la frontière est floue), on prend le risque de dégrader la distance professionnelle nécessaire à la gestion de situation difficiles comme la nécessité de faire un feedback.
Enfin, maintenir des relations équilibrées au travail est essentiel. Ainsi, comme dans une relation personnelle dans le cadre de la vie privée, parler de soi au travail, nécessite de ne pas épuiser tout le monde. Si une personne prend tout l’espace, l’échange ne peut pas exister et naturellement la relation se dégrade.
À FAIRE. Si je parle facilement de moi, je dois apprendre à m’effacer et à poser des questions à l’autre, surtout si cet autre n’aime pas beaucoup parler de lui, en évitant donc d’être intrusif et en restant souple dans ma façon de questionner.