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Management

Quand le manager se sent un imposteur

Sandrine Caillé

Sandrine Caillé

Human Transfo

https://human-transfo.com/

Sandrine Caillé, fondatrice de Human Transfo, accompagne les changements individuels et collectifs et rend accessible la complexité humaine. Consultante depuis 22 ans, elle permet d’atteindre les enjeux business en focalisant l’attention sur les comportements indispensables. Son approche du changement consiste à mobiliser à tous les niveaux hiérarchiques

Récemment promu, vous voilà submergé par un nouveau stress : des anticipations négatives et la pensée régulière « je ne suis pas capable/je ne vais jamais y arriver ». Alors que les personnes totalement convaincues de leurs capacités sont de plus en plus rares, les contextes de prise de poste et le manque d’estime de soi nous renvoient à des doutes et questionnements qui amoindrissent la confiance pour oser être nous-mêmes et nous donner les moyens de réussir.

Le syndrome de l'imposteur

Ce syndrome renvoie aux limites que l’on se met tout seul, au fait de se sentir incapable, nul ou pas à la hauteur. Il s’exprime au travers de doutes sur ses capacités de façon générale avec une faible conscience de ses atouts, de ses capacités et de ce qui dans son expérience passée pourrait être utile pour réussir. Il concerne avant tout les femmes et aussi de plus en plus les hommes. Comme pour le stress, tout est une question de dosage, car à faible dose douter de soi accélère la réussite en permettant de dépasser les obstacles et d'imaginer des solutions innovantes face aux difficultés. Pourtant, lorsqu’il prend trop de place il conduit à l’échec soit par manque de leadership soit du fait de comportements d’autosabotage.

À noter

L’humilité est une chose, banaliser totalement ses compétences et aptitudes ou encore son expérience et son intelligence de situation en est une autre.

Sortir du syndrome de l’imposteur suppose un travail sur soi qui permet de se forger l’intime conviction de sa légitimité avant de le rendre visible aux autres.

Quelques exemples de contextes défavorables

Émeline a besoin de reprendre confiance en elle après une période difficile. Une de ses collaboratrices s’est plainte de souffrance au travail et la direction l’a lâchée alors qu’elle avait pris soin d’alerter sur la situation de cette collaboratrice. Elle se considère être un « fusible » et « accusée à tort » d’une situation dont elle n’est pas responsable. Elle a heureusement été mutée, mais sous stress elle est dans la retenue et a tellement peur de faire des erreurs qu’elle n’ose pas être elle-même en particulier face à deux hommes qui la testent en permanence. Difficile de s’imposer et de faire preuve d’autorité dans ce contexte.

Marion a été nommée directrice de zone. Elle ne connaît pas les prestations de ses équipes et son expérience en management reste réduite et surtout elle passe du siège au terrain, ce qui change beaucoup de choses. Elle a pourtant dû convaincre pendant 7 entretiens pour avoir le poste et était en concurrence avec deux personnes de son équipe.

Aurélien est responsable de magasin adjoint d’un des plus gros magasins d’Île de France. Il gère entre 30 et 35 personnes. Pourtant, il doute de ses capacités à prendre la direction d’un magasin et retarde le moment de dire à la DRH qu’il est prêt.

Émeline, Marion et Aurélien ont dû faire le chemin de l’intime conviction pour réaliser que l’écart n’est pas si grand entre « ce que l’on attend de moi et ce que je sais faire ». Ils ont pris conscience que la question « est-ce que je vais y arriver » n’est pas la bonne. Ils sont passés d’une évaluation de leur confiance à réussir de 2 ou 3 sur 10 à 8 ou 9 sur 10. Ils ont formulé, au bout de quelques semaines, qu’ils se sentaient maintenant confiants et totalement « à leur place » Comment est-ce possible ?

Les pistes pour lutter contre un syndrome de l'imposteur

1. Un travail personnel pour se faire son intime conviction : soyez votre propre recruteur en passant de la banalisation à une prise de conscience fine de vos atouts et en sanctuarisant vos axes de progrès.

Quelques questions à se poser :

-Comment je vois mon rôle (ce que l’on attend de moi) et quels sont mes 3 principaux atouts pour réussir ? En quoi je sais faire ?

-Pourquoi est-ce que ce job m’a été proposé à moi ? En quoi est-ce mérité ? Que me dit mon N +1 sur le fait qu’il croit en moi (souvent plus que moi-même !) ?

-Qu’est-ce que je veux impulser de différent ? Pourquoi ? Quelles sont les valeurs que je veux absolument diffuser à mon équipe (ex. : la méritocratie plutôt que l’ancienneté) ?

-Quelles situations de mon nouveau poste je gère bien voire très bien (c'est-à-dire mieux que la moyenne de mes collègues ou que les autres candidats à ce poste) ?

-En quoi mes connaissances, comportements et style de leadership sont clés vis-à-vis de ce que l’on attend de moi dans le poste ?

-En quoi mon expérience passée peut me permettre de réussir dans ce job ?

-En quoi je suis un plus pour mon équipe ?

-Quelles sont les situations qui pourraient me mettre en difficulté ? Sur quoi je dois prendre de l’assurance et comment faire ? Que me manque-t-il et comment obtenir de l’aide ?

Ce travail personnel vous permettra d’être bien avec vous-même et que votre leadership s’exprimer de manière naturelle et fluide.

2. De petits pas de côté qui peuvent tout changer

Passer de l’intime conviction au fait que votre valeur soit davantage visible des autres.

Une étape importante consiste à constater que vous avez plus d’atouts dans votre jeu que de sujets de travail et qu’avec des objectifs concrets, vous vous voyez progresser.

Exemple

M’imposer en réunion d’équipe passe peut-être par une plus grande préparation de mes messages clés pour être le plus factuel possible. Travailler ma voix pour avoir un ton assuré, voire couper la parole poliment plutôt qu’attendre les blancs de mes interlocuteurs !

Pour cela, arrêtez de minimiser ce que vous faites bien, voire très bien avec des « plutôt » ou « un peu ». Renforcez votre sérotonine (au travers de ce que vous revendiquez de vous-même). Vous pouvez mettre à jour votre signature de mail ou encore vous entraîner à vous présenter avec vos nouvelles responsabilités (surtout si vous avez du mal à assumer votre titre de directeur/directrice). Pour un travail de fond, identifiez au moins une fierté par jour (même le week-end). Et parce que dans ce genre de situation vous pouvez davantage faire confiance à vos supérieurs hiérarchiques : retrouvez vos évaluations des années précédentes et analysez les qualités qui reviennent systématiquement.

Mettre en place des relations de qualité. Que vous ayez été nommé dans une nouvelle équipe ou que vous connaissiez très bien vos collaborateurs (vos anciens collègues), vous devez absolument réfléchir à ce que représente une relation managériale qualitative. Plus vous aurez en tête les valeurs essentielles à vos yeux et les comportements inacceptables, plus vous pourrez aisément en parler (discours d’intronisation, etc.).

À noter

Le discours d'intronisation donne le « la » sur l’ambiance et le type de relations que vous souhaitez. Préparez-le. N’improvisez surtout pas !

Il vous faudra peut-être apprendre à parler de vous. Vous aurez peut-être envie de partager une partie de la réflexion personnelle qui a permis de vous forger l'intime conviction que vous êtes la bonne personne pour ce poste, et aussi de la personne que vous êtes en dehors du travail. Pas toujours simple de parler de soi, ni de trouver la bonne distance. Vos réponses à ces deux questions vous y aideront : En quoi c’est important de partager des éléments personnels ? Quel serait le risque à ne pas le faire ?

3. S’imposer et recadrer autant que nécessaire. Derrière l’affirmation de soi, il y a l’assertivité.

L’assertivité consiste à dire ce que l’on a à dire sans agressivité.

Les situations les plus délicates sont probablement faire des critiques (parlons plutôt de feedbacks constructifs) et gérer des désaccords. Affirmer son autorité pourra passer par une étape où vous en faites un peu plus que nécessaire, surtout si vous êtes plutôt introverti. En théâtre, on appelle cela jouer « OTT » (Over The Top ou exagéré). La phrase « Fake it till you make it » (faites semblant jusqu’à ce que vous le fassiez vraiment) peut également vous inspirer. De plus, vous devrez peut-être apprendre à mettre des limites notamment si on vous manque de respect ou que l’on vous fait subir un rapport de force.

En suivant tout ou partie de ces recommandations, vous avez traité votre « syndrome de l’imposteur ». Vous voilà parti pour une belle prise de poste et si un « je ne vais pas y arriver » vient vous polluer avec tout le cocktail cortisol + noradrénaline, profitez-en pour vous demander plutôt « Que faut-il réussir ? » « Comment je vais m’y prendre pour y arriver, quelle doit être ma première étape ? ». Relisez vos réponses aux questions du « travail personnel pour se faire son intime conviction» (ci-avant), vous trouverez probablement le carburant nécessaire pour reprendre confiance en vos capacités ! Car bien entendu vous allez y arriver, enfin si vous arrivez à gérer votre stress !

Parution: 09/2022
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