Rompre une période d'essai
La rupture de la période d’essai doit intervenir avant son terme, période de renouvellement comprise (c. trav. art. L. 1221-19 et L. 1221-21).
S'il y a des raisons de rompre. - La période d’essai devant permettre à l’employeur d’apprécier la valeur professionnelle du salarié, il ne peut la rompre que pour un motif en relation avec les compétences de celui-ci (cass. soc. 20 novembre 2007, n° 06-41212, BC V n° 194).
Exemple
La rupture de l’essai d’un salarié peut être fondée sur l’absence de résultat dans la commercialisation du nouveau produit dont il a la charge (cass. soc. 31 mai 2000, n° 98-43457 D).
En cas de contentieux, l'employeur doit pouvoir justifier que sa décision était fondée sur des considérations d’ordre professionnel. À défaut, il peut être condamné à verser des dommages-intérêts pour rupture abusive. Ainsi, la rupture de la période d'essai ne peut pas être motivée par la suppression du poste du salarié (cass. soc. 20 novembre 2007, n° 06-41212, BC V n° 194).
Si le motif de rupture est discriminatoire (ex. : santé, grossesse), la rupture est nulle et l’employeur peut être condamné à réintégrer le salarié ou, le plus souvent, à lui verser des indemnités (c. trav. art. L. 1132-1 à L. 1132-4 ; cass. soc. 16 février 2005, n° 02-43402, BC V n° 52).
Si cela est possible. - L’employeur ne peut pas rompre la période d’essai du salarié en arrêt de travail pour cause d'accident du travail ou de maladie professionnelle, sauf s’il justifie d’une faute grave ou qu’il ne peut pas maintenir le contrat pour un motif non lié à l’accident ou à la maladie (c. trav. art. L. 1226-9 ; cass. soc. 12 mai 2004, n° 02-44325, BC V n° 132).
À noter que la rupture de période d'essai d'un représentant du personnel ou d'un salarié protégé (ex. : conseiller du salarié) exige l'autorisation préalable de l'inspecteur du travail. À défaut d’autorisation, elle est nulle (c. trav. art. L. 2411-1 ; cass. soc. 26 octobre 2005, n° 03-44751, BC V n° 306).
Sans abus. - La rupture sera abusive, par exemple :
-si la période d'essai a été détournée de sa finalité et a servi à pourvoir un poste provisoire (cass. soc. 5 octobre 1993, n° 90-43780 D) ;
-si elle est intervenue trop vite pour que l'employeur ait eu le temps d'apprécier les compétences du salarié (cass. soc. 11 janvier 2012, n° 10-14868 D) ;
-si elle procède d'une intention malveillante ou d’une légèreté blâmable (cass. soc. 6 janvier 2010, n° 08-42826 D).
L'employeur devra alors verser des dommages et intérêts à son ancien salarié.
En respectant le délai de prévenance. - La rupture d'une période d’essai d’un salarié en CDI suppose le respect d'un délai légal minimal de prévenance qui est, pour l’employeur, de (c. trav. art. L. 1221-25) :
-24 h jusqu’à 7 jours de présence ;
-48 h entre 8 jours et 1 mois de présence ;
-2 semaines après 1 mois de présence ;
-1 mois après 3 mois de présence.
Ce délai ne devant pas prolonger la période d’essai, il faut anticiper pour qu’il s’écoule avant le terme de l’essai. Si l’employeur agit trop tard et que le respect du délai provoque le « dépassement » de la période d’essai, il s'agit toujours d'une rupture de période d’essai mais l’employeur verse au salarié une indemnité compensatrice pour la partie du délai de prévenance non respectée (cass. soc. 23 janvier 2013, n° 11-23428, BC V n° 14).
Quant à rompre la période hors délai, cela revient à licencier sans cause réelle et sérieuse (non-respect de la procédure et absence de motif).
Sans formalisme particulier. - Sauf si un accord collectif l’y oblige, l’employeur n’a ni à donner au salarié la raison pour laquelle il rompt la période d’essai, ni à procéder par écrit (cass. soc. 21 juin 2006, n° 04-47839 D). Cependant, l'information faite au salarié que sa période d'essai est rompue marquant le point de départ du délai de prévenance, un écrit nous paraît préférable (ex. : LRAR, mail).
Par exception, lorsque l'employeur motive la rupture de la période d’essai par une faute du salarié, le respect de la procédure disciplinaire s'impose (c. trav. art. L. 1332-2 ; cass. soc. 10 mars 2004, n° 01-44750, BC V n° 80).
À noter qu'un employeur peut revenir sur la rupture d’une période d’essai si le salarié est d'accord (cass. soc. 20 février 2019, n° 17-27089 D). À notre sens, il est alors important de formaliser tant la rétractation son acceptation (ex. : courrier, mail).
LETTRE DE RUPTURE DE PÉRIODE D’ESSAI (1)
Nous vous avons embauché par contrat en date du …, prévoyant une période d’essai de …, effectuée du … au …
Cet essai ne nous semble pas concluant et nous sommes donc au regret de vous informer que nous avons décidé de mettre un terme à votre contrat de travail à compter du … (2)
Vous voudrez bien vous présenter en nos locaux le… pour percevoir les sommes restant dues au titre du salaire et des indemnités de congés payés acquises à ce jour, retirer votre dernier bulletin de paie, votre certificat de travail, votre attestation d’assurance chômage et signer votre reçu pour solde de tout compte.
En cas d’épargne salariale dans l’entreprise : Nous vous remettrons aussi l’état récapitulatif de votre épargne salariale.
(1) Pour des raisons de preuve : LRAR ou courrier remis en main propre contre décharge. (2) Tenir compte du délai de prévenance.